Expédition 5300 : étudier la santé des femmes à 5 300 m d’altitude

Publié le 10 octobre 2026
Mesure de la masse d'hémoglobines avec une patiente péruvienne

La mission a débuté à Juliaca, ville des Andes péruviennes située à 3 824 mètres d’altitude. L’équipe la connaît : elle y avait évalué près de 100 enfants en 2024, en collaboration avec l’hôpital local. Elle y revient cette année pour une autre raison, puisque Juliaca est le dernier palier avant La Rinconada.

Laisser à l’organisme le temps de s’adapter

L’accès à 5 300 mètres impose une montée progressive. Dès les premières heures en altitude, la ventilation et la fréquence cardiaque augmentent, le sommeil est perturbé, l’effort devient plus coûteux. Ces ajustements demandent plusieurs jours. Une ascension trop rapide expose au mal aigu des montagnes (maux de tête, nausées, fatigue marquée) et compromettrait la conduite des évaluations.

Cette contrainte structure l’ensemble du calendrier : même acclimatés, les membres de l’équipe ne peuvent séjourner plusieurs semaines à La Rinconada.

Après deux cycles de missions consacrés d’abord à la santé des hommes, puis à celle des enfants, Expedition 5300 repart au Pérou le 30 septembre à La Rinconada, ville la plus haute du monde (alt. 5300m). Cette troisième phase porte sur la santé des femmes, qui n’avaient jusqu’ici jamais été étudiées. 

Cent vingt volontaires y seront évalués, dont 80 femmes. Ils forment quatre groupes : des femmes et des hommes de 20 à 30 ans, des femmes ménopausées et des hommes de 50 à 60 ans. La comparaison entre ces groupes doit permettre de déterminer les effets du sexe et de l’âge.

Sur place, l’équipe reconstitue un laboratoire de physiologie. Six postes d’examen y sont installés : consultation clinique, hématologie et biologie, explorations vasculaires, échocardiographie, mesures ventilatoires, évaluations neurocognitives. Chaque volontaire  consacre environ trois heures. L’enregistrement du sommeil se fait la nuit suivante, à domicile. Chacun reçoit en retour un bilan de santé établi par les médecins de l’équipe.

Déplacer un laboratoire de physiologie humaine

Ces premiers jours sont également consacrés à la logistique, qui constitue toujours un enjeu. Plusieurs centaines de kilos de matériel, expédiés depuis la France, doivent être acheminés jusqu’à La Rinconada : échographe, matériel de prélèvement et d’analyse sanguine, appareils de mesure de la ventilation, enregistreurs de sommeil.

La ville ne dispose ni d’eau courante, ni de chauffage, ni de structure médicale moderne. Tout doit donc être apporté, remonté et vérifié sur place, d’autant que les appareils sont eux aussi sensibles à l’altitude et au froid.

Premières évaluations dans la ville la plus haute du monde à près de 5300m d’altitude

Depuis 2018, Expédition 5300 a évalué plus de 300 adultes à La Rinconada, puis 600 enfants. Aucune femme ne figurait parmi ces adultes. 

Deux facteurs principaux l’expliquent : 

  • L’équipe a noué ses premiers contacts dans la ville par l’intermédiaire de la coopérative minière, où les mineurs sont quasi exclusivement des hommes.
  • La physiologie féminine évolue au cours du cycle et de la vie, ce qui complexifie les protocoles expérimentaux. 

Les observations de terrain laissent pourtant supposer une différence entre les sexes. Pour compenser le manque d’oxygène, l’organisme des habitants produit une quantité très élevée de globules rouges. Cette adaptation a une contrepartie : le sang devient plus visqueux, circule moins bien, et le travail du cœur s’en trouve accru. C’est le mal chronique des montagnes. Les femmes semblent nettement moins touchées par ce syndrome.

« Nous faisons l’hypothèse que les hormones féminines permettent une meilleure adaptation à l’hypoxie », indique Samuel Vergès, directeur de recherche Inserm. Si cette hypothèse se vérifie, la protection pourrait s’atténuer après la ménopause.

👉🏼  Quatre groupes, six postes d’examen

Pour tester cette hypothèse, l’équipe a reconstitué un laboratoire de physiologie au sein du dispensaire de La Rinconada. Le protocole repose sur la comparaison de quatre groupes : des femmes et des hommes âgés de 18 à 35 ans, des femmes ménopausées et des hommes âgés de 50 à 70 ans. Cette répartition permet de distinguer les effets du sexe de ceux de l’âge. Elle prévoit l’inclusion de 120 volontaires, dont 80 femmes, tous nés en altitude et y résidant en permanence.

Chaque volontaire passe par six postes d’examen, pendant environ trois heures :

  • Consultation clinique : état de santé général et, chez les femmes, statut hormonal.
  • Hématologie et biologie : prélèvement sanguin et mesure du volume de globules rouges.
  • Explorations vasculaires : réactivité des vaisseaux sanguins.
  • Échocardiographie : anatomie et fonction du cœur.
  • Mesures ventilatoires : réponse de la respiration à des modifications de la composition de l’air inspiré.
  • Évaluations neurocognitives : mémoire, attention, flexibilité mentale.

La nuit suivante, un enregistrement du sommeil est réalisé à domicile pour détecter d’éventuelles pauses respiratoires.

Chaque volontaire reçoit en retour un bilan de santé établi par les médecins de l’équipe.

De La Rinconada à la médecine de plaine : à qui ces recherches serviront ?

Ces recherches s’adressent d’abord aux habitantes de La Rinconada, dont la santé n’avait jamais été étudiée. Les mesures recueillies donneront aux soignants péruviens qui exercent en altitude les repères qui leur manquent aujourd’hui pour suivre leurs patientes.

La portée de ces travaux dépasse la haute altitude. En France, les patients atteints d’apnée du sommeil ou de maladies respiratoires chroniques vivent avec des niveaux d’oxygénation comparables à ceux des habitants de La Rinconada. Savoir si les femmes et les hommes répondent différemment au manque d’oxygène, et si cette réponse évolue après la ménopause, doit permettre de mieux adapter leur suivi.

L’obtention de réponses à ces questions nécessitera du temps. Les échantillons et les données seront analysés en France pendant plusieurs mois, avant de donner lieu à des publications scientifiques.

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