Après deux cycles de missions consacrés d’abord à la santé des hommes, puis à celle des enfants, Expedition 5300 repart au Pérou le 30 septembre à La Rinconada, ville la plus haute du monde (alt. 5300m). Cette troisième phase porte sur la santé des femmes, qui n’avaient jusqu’ici jamais été étudiées.
Cent vingt volontaires y seront évalués, dont 80 femmes. Ils forment quatre groupes : des femmes et des hommes de 20 à 30 ans, des femmes ménopausées et des hommes de 50 à 60 ans. La comparaison entre ces groupes doit permettre de déterminer les effets du sexe et de l’âge.
Sur place, l’équipe reconstitue un laboratoire de physiologie. Six postes d’examen y sont installés : consultation clinique, hématologie et biologie, explorations vasculaires, échocardiographie, mesures ventilatoires, évaluations neurocognitives. Chaque volontaire consacre environ trois heures. L’enregistrement du sommeil se fait la nuit suivante, à domicile. Chacun reçoit en retour un bilan de santé établi par les médecins de l’équipe.

© Axel PITTET – PERCEPTIOM, agence de communication scientifique
Mise en place d’un Groupement d’intérêt Scientifique
Depuis début 2026, Expédition 5300 est constitué en Groupement d’intérêt scientifique (GIS), une forme de partenariat qui engage plusieurs établissements sur un programme de recherche commun. Cinq d’entre eux en sont fondateurs : l’Université Grenoble Alpes, l’Université Claude Bernard Lyon 1, l’Université de Poitiers, l’École nationale des sports de montagne et le CHU Grenoble Alpes. L’Inserm et l’IRD en sont partenaires, et la direction est confiée à Samuel Vergès.

Les signataires y engagent des moyens humains et financiers sur un programme pluriannuel, organisé autour de trois axes : la santé des femmes en haute altitude, les effets de la durée d’exposition et du vieillissement, la prise en charge des intolérances au manque d’oxygène.
Premiers résultats sur la santé des enfants
Entre 2023 et 2024, plus de 600 enfants ont été évalués, de Lima au niveau de la mer jusqu’à La Rinconada, en passant par Cusco et Juliaca. L’objectif était d’établir des profils de référence pour des enfants nés et grandissant en altitude, et de les comparer à ceux d’enfants vivant au niveau de la mer.
Parmi les paramètres mesurés figurait le taux d’hémoglobine, la protéine qui transporte l’oxygène dans le sang. Son déficit définit l’anémie. Chez l’enfant, elle est fréquente et pèse sur la croissance et les apprentissages.




À l’issue des examens, un bilan de santé était remis aux familles.
© Axel PITTET – PERCEPTIOM, agence de communication scientifique
En altitude, ce diagnostic se complique. L’organisme produit davantage d’hémoglobine pour compenser le manque d’oxygène de l’air, si bien que les valeurs normales y sont plus élevées qu’au niveau de la mer : les seuils doivent donc être corrigés.
Les premiers résultats montrent que ces corrections modifient sensiblement les taux mesurés et conduisent à des erreurs de diagnostic, particulièrement chez les enfants d’altitude.
Les données collectées par Expedition 5300 montrent que, si la haute altitude affecte la physiologie des enfants, par exemple au niveau du métabolisme du fer, ces derniers gardent un état de santé et un développement satisfaisants, si tant est qu’ils disposent de conditions sanitaires adéquates.
Ces résultats, avec ceux obtenus chez les adultes, seront présentés aux habitants et institutions péruviennes sur place lors de réunions d’information, assortis de recommandations de prévention.